Je sais que ça va devenir lassant mais bon, j'essaye de faire intéressant et puis, j'y peux rien, la page est pas encore tournée, pas définitivement… et toutes ces informations qui se précipitent, se percutent entre elles… elles sont là, la question, c'est juste de savoir si on est digne de les accepter.
L'octogénaire est fatigué, il n'a guère eu le temps de dormir ces dernières nuits note le NRC Handelsblad (13/08/2008), un œil rivé sur la télévision. "Ça fait mal quand on sait qu'il y a beaucoup de victimes et que tant de gens doivent fuir" dit-il. Il est stupéfait que ce soit allé aussi loin et n'arrive toujours pas à comprendre. Eduard Ševardnadze se retrouve face à un groupe restreint de journalistes italiens et les titres, que ce soit sur La Stampa ou La Repubblica (14/08/2008), sont sans équivoque pour résumer l'opinion de l'ancien numéro 2 soviétique: 'Che errore'. Ševardnadze dit ne pas avoir été informé de la décision de Saakašvili, les motifs ne manquaient certainement pas mais ils ne suffisent pas toujours à eux tous seuls. La Repubblica souligne que l'ambitieux jeune dirigeant géorgien ne plait pas à l'ancien Ministre des Affaires Étrangères de l'URSS. Saakašvili avait le droit selon Ševardnadze de rentrer en Ossétie mais l'impulsif président géorgien a oublié la passé quand Gamsakhurdia a lui aussi tenté de rentre dans Tskhinvali et y a été défait. Pour Ševardnadze, l'intervention européenne a eu son poids et la Russie ne peut se permettre de s'isoler mais les choses ont bien changé depuis Gorbačov. La conclusion de Ševardnadze dans la Repubblica sur les USA n'est pas ce qu'il y a de plus rassurant: ils poussent le monde vers une nouvelle guerre froide avec leur projet d'installer en Europe un bouclier antimissile.
Le problème à lire les spécialistes du secteur, c'est qu'à la fin, on arrive difficilement à être optimiste. Le Morgen belge du 14 /08/2008 interviewe Pierre Chevalier, ancien représentants de la Belgique auprès de l'OSCE, qui estime que depuis la guerre de sécession de 1992, la région est restée hautement inflammable. Les provocations en Ossétie du Sud ont été faites des 2 côtés mais Chevalier précise que l'indépendance du Kosovo a été une pilule amère pour la Russie et que cette dernière saisit toute opportunité pour renforcer son pouvoir et sa sphère d'influence dans la région. D'autres conflits sont à attendre dans une région où pour l'instant les questions de la Transnistrie, de l'Abkhazie et du Nagorny Karabakh sont gelées.
Alors, 'mourir pour la Géorgie?' se demande le Süddeutsche Zeitung du 14/08/2008. Le quotidien allemand revient sur l'écrit polémique de Robert Kagan, The Return of History and the End Of Dreams, qui avait évoqué un conflit entre la Géorgie et la Russie au sujet de régions séparatistes. Que feraient l'Europe et les USA si les Russes devaient s'immiscer en Géorgie ou en Ukraine. Réponse lapidaire: rien.
Ce n'est pas une nouvelle guerre mais bien une ancienne, sans conflit par procuration comme au temps d'un monde bipolaire, une guerre de pouvoir avec des intérêts économiques et territoriaux. Le Süddeutsche Zeitung voit un parallèle saisissant avec le 19ème siècle avec le jeu d'un petit état comme le Piémont entre 2 plus grands comme la France et l'Autriche de l'époque. À l'époque, ça avait débouché sur une guerre plus grande et pour finir, l'unification italienne.
La guerre froide est bien de retour comme le voit Van Den Doel dans le NRC Handelsblad du 13/08/2008. La Russie entend bien donner le signal qu'elle veut défendre sa sphère d'influence avec la force militaire et que l'Occident porte aussi sa faute en voulant élargir l'OTAN aux pays d'Europe de l'Est. L'intégration des pays baltes en particulier a été une source de préoccupation pour les détenteurs du pouvoir en Russie. Il ne faudra pas longtemps avant que la Russie vienne mettre des limites à la marge de manœuvre de l'Ouest, poursuit Van Den Doel. L'Europe de l'Ouest est de plus en plus dépendante de la Russie en termes d'énergie. Notre prospérité et notre économie deviennent aussi dépendantes de la politique russe. Le conflit a amis en avant la division et la faiblesse des institutions de sécurité: l'OSCE n'a joué aucun rôle d'importance.
Finalement, comme le dit le Süddeutsche Zeitung (14/08/2008), Saakašvili s'est réveillé dans un champ de ruines et ses jours semblent comptés si on en croit Carel Hofstra (NRC Handelsblad du 12/08/2008), habitué de l'ambassade des Pays Bas en Géorgie et encore actuellement en Arménie. Les USA ont bien entrainé l'armée géorgienne dont le gouvernement a cru en une guerre éclair mais a complètement loupé la réaction russe. La Russie est bien partie pour une annexion rampante selon Hofstra. Ce qui peut sauver Saakašvili, poursuit Hofstra, c'est le sentiment antirusse profondément ancré chez les Géorgiens mais le pays se dirige vers une période de troubles politiques, ce qui a toujours des répercussions chez les voisins. L'Arménie est bloquée par la Turquie et l'Azerbaïdjan, elle est considérée comme un fidèle allié des Russes et elle partage le point commun (c'est bien l'un des rares…) avec l'Azerbaïdjan d'avoir des minorités en Géorgie. Les choses se compliquent encore plus quand on voit que l'Azerbaïdjan dépend de la Géorgie traversée par les pipelines pour exporter le pétrole vers la Mer Noire.
Et dire que tout ça arrive aux portes de l'Europe et qu'un peu plus bas, on se retrouve avec une autre région dont la caractéristique première n'est pas franchement la stabilité ni le bon voisinage entre les différentes composantes 'ethnico-religieuses' (comme diraient les spécialistes): l'Iraq.
La météo en cette fin d'aout n'est pas des plus drôles mais si on attaque la rentrée avec des risques d'embrasement, c'est un truc à se gâcher l'été… indien.